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Société Française des Iris et plantes Bulbeuses
 

 

Histoire des Iris Français

Richard Cayeux, in: Hommes & Plantes* n° 33, p 14-25 (2000)
Iris et Bulbeuses n° 139 p 5-10. (2000)

 


L'APPARITION DES IRIS DANS LES JARDINS FRANÇAIS

En France, la culture de l'iris remonte, sans aucun doute à une époque assez lointaine. Ainsi, le parfum de ses rhizomes, utilisé depuis des lustres pour le linge domestique, la beauté et l'étrangeté de ses fleurs ont certainement contribué à son essor au jardin. Au VIIIè siècle, l'empereur Charlemagne prescrivait déjà la culture de l'iris à ses intendants (l'iris était alors désigné sous le nom de Gladiolus ; signalons à ce sujet qu'Olivier de Serres, en 1600, écrivait encore Gladiole ou iris).

Les monuments de l'époque romane et du début de la période gothique montrent aussi de nombreuses représentations de la fleur. En 1365, les jardins royaux de Charles V à Paris, quartier des Tournelles, contenaient déjà des iris. En déduire que les jardins du Moyen Age étaient déjà bien fleuris en iris ne semble donc pas téméraire ; il s'agissait cependant, vraisemblablement, d'espèces botaniques indigènes de l'Europe centrale (I. florentina, I. germanica, I. pallida...), et non de variétés horticoles.

LE XIXè SIÈCLE : VÉRITABLE DÉPART DU DÉVELOPPEMENT DES VARIÉTÉS HORTICOLES FRANÇAISES

L'obtention d'iris par le semis était déjà connue et pratiquée avant 1600. Le botaniste flamand Charles de L'Écluse, publia ainsi, en 1601, sa Raromium plantarum historia dans laquelle étaient décrits 28 grands iris barbus, ayant constaté la variabilité remarquable des iris cultivés en semis. Il n'est donc pas surprenant que les semis des horticulteurs français de la première moitié du XIXè siècle aient rapidement produit des assortiments de centaines de variétés distinctes.

Durant cette période, trois Français se distinguèrent : de Bure (mort en 1842), Jacques (1780-1866) et Lémon (mort en 1895).

De Bure, amateur parisien, obtint, en 1822, par semis, l'Iris buriensis, obtention considérée comme au départ d'une nouvelle ère pour les iris barbus. Cette variété se fit remarquer par ses fleurs plus grandes que celles de l'Iris plicata (dont elle est issue), auquel elle ressemblait par son coloris et sa tige bien ramifiée.

De Bure ne créa aucun semis par l'hybridation, néanmoins il put conclure à certaines affinités entre certains iris considérés comme espèces à son époque.
Voici l'extrait d'un de ses articles, paru en 1837 dans les Annales de la Société royale d'horticulture de Paris et concernant les semis de l'Iris buriensis : "Sur 404 plantes, 144 ont fleuri en 1836. Aucune n'a reproduit soit l'Iris plicata, soit l'Iris buriensis, elles différent toutes singulièrement de ces deux plantes. 17 ont donné des fleurs de différentes nuances de bleu sur fond blanc... 124 des variétés de toutes nuances de l'Iris squalens. Parmi les trois dernières se trouvent un pallida et un variegata. Cette reproduction de l'Iris pallida et du variegata semble devoir conduire à la conclusion que le pallida et le variegata sont deux types primitifs dont est sortie une partie des espèces communes."

Jardinier en chef du domaine de Neuilly, Jacques commença à obtenir des semis d'iris avant 1830, qu'il distribua aux horticulteurs et aux amateurs. Malheureusement, il est impossible de trouver des descriptions des variétés obtenues et nommées par lui. On suppose que les variétés citées par Lémon comme existantes lorsqu'il commença à faire des semis provenaient de Jacques. Celui-ci aurait donc obtenu des iris barbus connus sous le nom de aurea, formosa, reticulata, alba, reticulata superba, reticulata purpurea, pallida speciosa, sambucina major et sanguinea.

C'est grâce à Lémon, horticulteur passionné, que les grands iris barbus, connus alors sous le nom collectif d'Iris germanica, devinrent un article très recherché du commerce horticole et figurèrent annuellement dans les catalogues. Voici ce qu'il en disait en 1840 : "J'ai fait de nombreux semis de cette espèce (germanica), et j'ai également obtenu une grande quantité de variétés fort intéressantes que je vais faire connaître succinctement car il y en a beaucoup de dignes de l'attention des amateurs et capables de produire un effet très pittoresque en les plantant convenablement."

Dans les listes publiées, les variétés sont divisées selon leur hauteur, en trois groupes. Les meilleurs semis sont marqués de deux astérisques, tandis que les variétés anciennes, probablement obtenues par Jacques, sont indiquées par un astérisque. De Bure, Jacques et Lémon n'ignoraient pas que le vrai I. germanica ne produit ordinairement pas de graines. Lémon dit avoir récolté des graines des iris suivants : plicata, sambucina, squalens, pallida, hungaria et variegata, et que ses semis produisent des fleurs dans la troisième ou la quatrième année. Aucun de ces semis n'est le résultat de l'hybridation. Ce fait est d'ailleurs rapporté dans les Annales de la Société royale d'horticulture de Paris, 1845. Dès 1854, sur la liste publiée par Lémon, figuraient déjà 150 variétés toutes différentes (la célèbre variété 'Mme-Chereau' date de cette époque). Outre les trois Français, de Bure, Jacques et Lémon, on peut aussi citer Louis Van Houtte (Belgique), Victor et Eugène Verdier (France) et John Salter (Angleterre). Chacun de ces horticulteurs proposa ses propres semis aptes à rivaliser avec ceux de Lémon et à asseoir la réputation de leur pépinière.

Après la guerre franco-prussienne de 1871, l'intérêt pour les iris décline sur le continent européen. Les journaux horticoles français n'en parlent plus et, jusqu'en 1905, aucune variété nouvelle n'apparaîtra plus dans les catalogues.

1900-1939 : DES PROGRÈS IMPORTANTS

Une ère nouvelle s'ouvre avec l'introduction d'espèces à grandes fleurs (I. ricardi, I. amas, I. cypriana, I. trojana). Lorsqu'Eugène Verdier meurt en 1902, la maison Vilmorin-Andrieux & Cie acquiert sa collection. Les résultats obtenus par la société Vilmorin sont tout à fait remarquables. A partir de 1905, ses nouveautés, présentées aux séances du Comité de floriculture de la Société nationale d'horticulture de France (SNHF), remportent nombre de certificats de mérite parfaitement justifiés, par exemple 'Ambassadeur', 'Magnifica', 'Ballerine', tous trois en 1920, ou encore 'Zouave'... Dès lors, les plantes de valeur sont multipliées chaque année tandis que les variétés qui ne réunissent pas un minimum de qualités sont impitoyablement éliminées.

D'autres hybrideurs français obtiennent des résultats d'égale qualité. Ce sont Millet, à Bourg-la-Reine, créateur, entre autres, de 'Souvenir de Madame Gaudicheau', dont les énormes fleurs pourpres firent sensation à l'époque, ou encore Denis, un amateur de l'Hérault, qui tenta, lui, d'améliorer les iris de jardin par l'emploi d'I. ricardi (originaire de Palestine). Ses obtentions, comme 'Madame Claude Monet', 'Mademoiselle Schwartz', en 1916, sont citées dans la presse horticole. Le meilleur créateur de cette période précédant la Deuxième Guerre mondiale reste pourtant certainement Ferdinand Cayeux (1864-1946). Le monde horticole, et en son sein, celui des iris, lui doit beaucoup. Ses premières obtentions furent enregistrées vers 1905. Il s'agissait de 'Ma Mie' et de 'F Cayeux'. Passionné par l'hybridation faite de manière raisonnée, il obtint, de 1928 à 1938, dix médailles de Dykes, distinction récompensant chaque année le meilleur iris français (notons que ce prix n'est plus attribué aujourd'hui dans notre pays) avec 'Pluie d'Or' (1928), 'Jean Cayeux' (1931), Florentine (1934), 'Aladin' (1937), 'Harmonie' (1938), ou encore 'Lugano' (1948), ce dernier enregistré après sa mort et toujours cultivé aujourd'hui. Toutes ces obtentions ne sont qu'une petite représentation méritante de certaines de ses créations. Pour preuve du talent reconnu de Ferdinand Cayeux, voici deux extraits d'articles parus, le premier dans le supplément à Iris cultivés (1929), l'autre dans un bulletin de la Société américaine des iris (1939).

"La visite se termina par une cordiale réception de M. Ferdinand Cayeux, qui nous convia à sabler le champagne dans une salle de ses nombreux magasins, magnifiquement fleurie avec des pivoines. Là encore, les membres de la commission félicitèrent le célèbre obtenteur de tant de belles variétés horticoles non seulement en iris, mais aussi dans beaucoup d'autres genres de plantes : Dahlia, Pyrethrum, Gladiolius, Aster, Chrysantemum maximum, Papaver, Phlox, etc., sans omettre les nombreuses et méritantes plantes potagères qu'on lui doit, magnifiques résultats d'une somme considérable de travail qui a valu aux Établissement Cayeux et Le Clerc une réputation universelle. ( ... ) Un proverbe dit que nul n'est prophète en son pays. Nous en avons un exemple sous les yeux et c'est avec un véritable plaisir que nous lisions, il y a quelque temps, dans une publication américaine, le compte rendu d'une visite faite, en 1928, dans les cultures de nos collègues par M. Douglas Pattison, propriétaire de Quality Gardens à Freeport, Illinois." Après avoir décrit les merveilles vues au Petit-Vitry, Mrs Pattison terminait son article en ces termes : "Après avoir parlé avec les spécialistes et amateurs d'iris que j'ai rencontrés en Angleterre et en France, je crois que l'opinion générale est que M. Cayeux se trouve actuellement l'hybrideur le plus avancé du monde. Cette opinion est aussi forte en Angleterre qu'en France." Nous n'ajouterons rien à cette flatteuse appréciation qui rejaillit sur toute l'horticulture française et dont nous pouvons être fiers."
"Mons. Ferdinand Cayeux had begun breeding irises in a large way and from 1924 on this firm has been probably the world's greatest in this work. An immense varieties owe their success to the "blood" of superb Cayeux irises." (Extrait de l'AIS, 1939.) ("M. Ferdinand Cayeux a réalisé de 1924 à ce jour, un nombre considérable d'hybridations et son entreprise a probablement été la plus importante au monde dans ce secteur. Un nombre très important de gagnants ont été produits et beaucoup des meilleurs iris américains doivent leur succès au "sang" des superbes Cayeux.")

Mais, Ferdinand Cayeux ne se contente pas de ses propres obtentions. On retrouve, en effet, dans ses cultures du Petit-Vitry, un grand nombre de variétés étrangères récentes ou nouvellement importées d'Angleterre et d'Amérique afin de les comparer aux siennes, de les utiliser en hybridation ou encore de les commercialiser. Jusqu'à la veille de la guerre, en 1939, ses catalogues, comprennent 95 % de variétés françaises et seulement 5 % de variétés étrangères. Ils sont imprimés en français, mais aussi en anglais pour l'exportation. Force est de constater qu'aujourd'hui la tendance s'est inversée avec 80 % de variétés américaines et 20 % de variétés françaises. Bien entendu, la période de la Deuxième Guerre mondiale, 1939-1945, provoque l'arrêt des hybridations d'iris en France, mais la collection d'iris de Ferdinand Cayeux est sauvée du désastre par son fils René, qui publie, de 1947 à 1959, des catalogues illustrés, mais ne réalise pas de croisement.

DEPUIS 1945 : UN DUR DÉFI

A la pointe du progrès jusqu'en 1939, les Français se voient rapidement dépassés par les Américains qui hybrident en quantité et qualité des iris barbus.

Jean Cayeux (né en 1926), commençant à hybrider dès 1946, décide alors de tenter de rattraper le temps perdu, sans excès de chauvinisme cependant car il utilise aussi des variétés importées des États-Unis. De 1946 à 1978, il est le seul Français à créer des variétés, dont la valeur est reconnue aussi bien chez nous qu'à l'étranger. C'est sans doute une question de gènes, les années passées avec son grand-père Ferdinand ont été particulièrement formatrices ! Il y apprit non seulement les principes de la génétique, mais aussi, ce qui est primordial, l'éthique nécessaire au jugement des nouveaux cultivars.
Voici quelques unes de ses obtentions remarquables de 1955 à 1978. 'Délicatesse', 1955, 1er prix de la Chambre de commerce de Florence la même année ; 'Madame Françoise Debat', 1957, premier cultivar rose sorti en France ; 'Princesse Wolkonsky', 1957 ; 'Madame Robert Huet', 1957 ; 'Casque d'Or', 1957 ; 'Gai Luron', 1960 ; 'Danse du Feu', 1960 ; 'Tapisserie', 1962 ; 'Neige de Mai', 1973 ; 'Bleu de Gien', 1975 ; 'Grand Chef, 1975 ; 'Provençal'*, 1977 ; 'Falbala', 1977 . 'Premier Bal', 1978. Dès les années 70, des variétés de Jean Cayeux sont exportées aux États-Unis et une partie du retard pris vingt-cinq ans auparavant se comble donc.

A partir de 1978, un nouvel hybrideur apparaît en la personne de Pierre Anfosso, accroissant ainsi le champ des iris français. 'Écho de France', 1984, 'Bar de Nuit', 1987, 'Fondation Van Gogh', 1990, 'Révolution', 1989, ont traversé l'océan Atlantique pour figurer dans les catalogues américains.

1978 voit aussi la naissance d'un des meilleurs grands iris français 'Condottiere' (J. Cayeux), bleu deux tons à barbe mandarine, aïeul de nombreuses vedettes actuelles : 'Alizés' (Cayeux, 1991), détenteur d'un trophée de la Société anglaise des iris, 'Ruban Bleu' (Cayeux, 1997), XIIè rang de la Convention américaine de 1998, 'Bal Masqué' (Cayeux, 1994), VIè à la Convention américaine de 1998, et 'Conjuration', variété américaine, médaille de Dykes en 1998. La participation des obtentions françaises aux conventions américaines (où concourent annuellement 800 à 1 000 variétés), et au concours européen de Florence prouve leur valeur. En 1998, six iris Cayeux se sont placés dans les 22 favoris à Denver ('Feu du Ciel' et 'Buisson de Roses' et la variété 'Princesse Caroline de Monaco' (Cayeux 1998), a été classée au quatrième rang à Florence et à Denver, fait unique dans l'histoire des iris français. Jusqu'à présent, et on peut le regretter, la France ne possédait plus de grand concours d'iris capable de rivaliser en qualité avec celui de Florence notamment.

La création de Franciris 2000 (sous le haut patronage du Conservatoire français des collections végétales spécialisées), où a été présentée la collection d'iris français créés depuis 1900 et où s'est tenue une compétition, avec la participation d'un jury international, a donc été la bienvenue. Souhaitons que cette manifestation ait provoqué un peu plus d'engouement pour l'hybridation, car plus les hybrideurs seront nombreux et mieux l'iris français se portera.

 

Extrait de l'article :
Richard Cayeux, Histoire des Iris Français. Hommes & Plantes n° 33, pp 14-25 (2000).
Cet article comprenait plusieurs annexes et une riche illustration non reproduites.

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